03/05/2026

Un accident très mystérieux

 


L’éclair de l’est du 2 décembre 1913. 
Pagny-sur-Moselle. Tué par une automobile. 


Deux enfants se rendant lundi en classe à Vandières, trouvèrent un cadavre sur le côté de la route nationale n° 54, de Pagny-sur-Moselle à Pont-à-Mousson, à 300 mètres environ de Vandières. 
La gendarmerie se rendit sur les lieux et se trouva en présence du cadavre de Nivolet Léopold, âgé de 63 ans, habitant Pagny-sur-Moselle, le cuir chevelu était entièrement scalpé sur le côté gauche du crâne et rabattu sur le cou. Cet arrachement a été produit par  les roues d’une automobile, ainsi que le témoignent les traces sanglantes relevées sur la route sur un assez long parcours, le corps se trouvait sur l’accotement distant de 5 mètres environ d’une grande flaque de sang auquel se trouvaient mêlés deux ou trois dents, des poils de barbe et des cheveux placés en diagonale, la face contre terre, les bras repliés, le chapeau sur la tête. Ce n’est certainement pas Nivolet qui a pu se placer ainsi. 
Devant ces circonstances mystérieuses M. le docteur Maillard a refusé le certificat d’inhumation et la gendarmerie a fait avertir télégraphiquement le parquet à 11 heures du matin. 



L’éclair de l’est du 5 décembre 1913. 

Pagny-sur-Moselle. Tué par une automobile.


Nous avons relaté lundi la découverte du cadavre d’un sieur Nivolet, tamponné par une automobile sur la route de Vandières. Voici quelques détails supplémentaires : 

M Nivolet qui s’était rendu à Villers-sous-Prény avec une de ses filles, revenait tranquillement par le chemin de grande communication qui longe le ruisseau du Trey lorsque à la hauteur du Moulin de la Tuile, ils entendirent derrière eux le bruit d’une automobile. La jeune fille se jeta de côté et ne fut pas atteinte, mais son père, moins libre de ses mouvements, fut heurté par l’auto et jeté sur le fossé. 

Au lieu de s’arrêter, les automobilistes, qui cependant avaient eu le temps de s’apercevoir de l’accident, poursuivirent leur route à a même allure. La demoiselle Nivolet qui s'était portée au secours de son père, constata que ce dernier avait une partie du cuir chevelu arraché. 

Avec un peu d’eau prise au ruisseau voisin elle lava les blessures de son père qu’elle parvint à mettre debout et à accompagner jusqu’à Vandières. Arrivée là, elle le fit asseoir dans un café et lui fit prendre un cordial.  

Comme Vandières ne possède pas de pharmacie et que Pagny,  mieux partagé, n’est pas très éloigné (trois kilomètres), elle se rendit chez elle et prévint sa mère. 

Les deux femmes ayant pris ce dont elle avaient besoin revinrent au café où M. Nivolet avait été laissé ; mais il ne s‛y trouvait plus.

Intriguées, elles demandèrent des explications et c’est alors que le cafetier leur dit que leur père et mari avait voulu prendre le train, mais constatant que sa fille lui avait enlevé son porte-monnaie, il avait voulu partir à pied en suivant la route. On l’avait laissé aller. 

Ce n’est- que lundi, à 8 heures du matin, que l’on découvrait le cadavre sur la route. 

Un médecin appelé a constater la mort, déclara qu’a part la large déchirure du cuir chevelu, le cadavre portait d’autres blessures, postérieures à la première, il avait plusieurs côtes enfoncées et notamment une perforation du foie. 

Il fallait donc admettre  qu’après avoir été victime une première fois d’un accident d’automobile sur la route de Villers-sous-Prény alors qu’il était accompagné de sa fille, Nivolet avait été, alors qu’il regagnait seul Pagny, dans la nuit, victime d'un deuxième accident d'automobile dont seuls le chauffeur et la victime avaient été témoins. 

L’enquête de la brigade mobile démontra qu’il y avait eu une sorte de mise en scène du cadavre.  En effet, celui-ci avait été déposé à cinq mètres environ, de l’endroit où il avait été tamponné. A ce premier endroit, on remarquait une large flaque de sang. Le corps avait donc été écrasé sur la route et transporté ensuite sur la berge par les écraseurs. 

Mardi à sept heures et demie du matin, M. Pierre Parisot, médecin-légiste, accompagné de son chef opérateur, M. le docteur Bédin, se rendaient a Vandières avec, mission d‛autopsier le cadavre du blessé. Les blessures qu’il aurait reçues sont, paraît-il, atroces. 

La police mobile, concurremment avec la gendarmerie mène une active enquête pour découvrir les automobilistes auteurs de l’accident. 



Christophe Léopold Nivolet est né le 17 septembre 1849 à Arnaville. 

Il est le fils de Nicolas Nivolet et Marguerite Maurice. Ils sont venus habiter à Prény avant 1872 où Nicolas et ses autres fils exercent le métier de scieur de long. 


Christophe Léopold s’est marié le 28 décembre 1878 à Prény avec Marie Louise Constance Cornu. 

La mariée est née à Nancy le 25 décembre 1856, enfant naturel de Marie Louise Cornu, âgée de 20 ans domestique, née à Lay-Saint-Christophe. Marie Louise a été abandonnée par sa mère. 

Le couple a cinq enfants nés à Prény, Marie Joséphine née en 1879, Justine Irma née en 1882, Julien Léopold né en 1886, Alfred Léopold né en 1891 et Constance Augustine née en 1897. 

Leur père est corroyeur durant toutes ces années. 


En 1900, une petite embrouille de famille fait trembler les rues de Prény. C’est toute la famille Nivolet qui se retrouve devant le tribunal pour outrage, coups et blessures après une "fête" de famille trop arrosée. 

En mai 1900, le jour des élections, le ton haussa entre Marie Joséphine et son mari Pierre Alexandre Bonhomme, couple en perpétuel conflit. Les autres membres de la famille s’en mêlèrent rapidement et il a fallu l’intervention du garde champêtre et d’un conseiller municipal pour séparer les belligérants. Au final tous repartent avec une amende allant de 16 à 25 francs. Bonhomme pris en plus un mois de prison pour un vol à la gare de Pagny, après avoir été dénoncé par sa femme. 


Le couple finit par déménager pour la rue de Prény à Pagny-sur-Moselle. Christophe Léopold exerce le métier de bûcheron Jusqu’à son accident. 




Le nombre d’automobiles en Meurthe-et-Moselle doit être de quelques centaines à cette date, de plus un système d’immatriculation est en place. 

Je n’ai pas trouvé d’informations concernant les résultats de l’enquête. 

La probabilité d’être heurté par une voiture deux fois de suite devait être infime à cette époque. 

Si c’est le cas on peut dire que la pauvre victime n’a pas eu de chance. 

Un autre scénario est possible, le responsable des deux accidents est la même personne, créant un deuxième accident pour ne pas être inquiété du premier.










Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire