Le progrès de l’est du 5 septembre 1875.
Vendredi dernier, le matin, le ciel était couvert, un énorme nuage noir coupé, à lignes très droites, gros de pluie et de grêle, était arrêté au-dessus de Pont-a-Mousson. Tout à coup, vers 8 heures retentit un effroyable coup de tonnerre (le seul) et en même temps un terrible éclair sillonne les airs. La foudre était tombé en plusieurs endroits, notamment sur une des tours du séminaire, où elle a fait, à la hauteur de la corniche, des dégâts assez considérables et sur le paratonnerre qui surmonte la grande cheminée de l’usine de MM. Bastien frères, marchands de cuirs.
L’orage fut ainsi dissipé subitement et nous en avons été quittes pour cette force secousse et quelques gouttes de pluie.
Dans l’après-midi du même jour, vers quatre heures, nos voisins de Prény et de Pagny-sur-Moselle, eurent à supporter un violent orage accompagné d’une grêle épouvantable qui a détruit à peu près complètement la récolte des vignes à Prény, et l’a considérablement réduite à Pagny, sans compter les ravages supportés par les houblonnières, les champs d’orge, d’avoine, de betteraves et de pommes de terre et une véritable inondation, par suite de l’abondance d’eau tombée, qui a jeté la terreur dans Pagny.
Nous nous sommes rendu, sur les lieux et nous avons pu juger de visu de la grandeur des dégâts.
A Prény, les vignes sont dans un état pitoyable. Cette récolte si belle, si bien préparée qui avant deux mois aurait été dans les tonneaux, sur laquelle les malheureux vignerons comptaient pour réparer les mauvaises années qui ont précédé est perdue, ou peut s’en faut.
On nous a dit qu’on estime la perte dans le ban de Prény à 200 000 francs. Quelques vignes sont bouleversées et profondément ravinées, les ceps sont arrachés, les graines jonchent la terre, les feuilles sont littéralement hachées et ce qui en reste est déjà jaune. On croirait à les voir, que l’on est en plein mois de novembre. C’est un affreux contraste avec les vignes des bans voisins qui n’ont pas été touchées par le fléau et qui ont de belles feuilles vertes presque trop abondantes.
Les vignes du ban de Pagny ont été plus épargnées; néanmoins les dégâts sont grands, aussi il y a un tiers de la récolte perdu, dans certains endroits la perte est de moitié. De superbes houblonnières gisent à terre, les perches ont été brisées par la tourmente. On nous cite un propriétaire qui supportera, tant dans ses houblonnières que dans ses vignes, une perte de 30 000 fr. Les betteraves sortent maintenant de terre, tout à fait dénudées de feuilles, elles ne grossiront plus. De l’orge et des avoines qui n’étaient pas encore coupées il ne reste plus que de quoi faire un peu de litière. Les dégâts commencent à se constater un peu après Vandières, la ferme de Moulon a été fort éprouvée.
Cette masse d’eau descendant de la montagne a fait soudainement irruption dans Pagny, dont les rues étaient transformées en torrents qui entraînaient tout.
Il n’y a eu aucun accident à déplorer. On a pu heureusement mettre à l’abri le troupeau du village qui rentrait précisément au moment de l’inondation dont les traces sont encore très visibles dans les rues, sur les chemins, et surtout dans les champs et les vignes qui sont remplis de pierres et ravinés.
Vandières et Arnaville ont aussi été gravement atteints.
Le même orage a exercé ses rayages jusque sur les territoires de Jaulny et Thiaucourt ont été cruellement éprouvés.
À Arnaville, les pertes sont évaluées à 25 000 francs et la récolte est perdue complètement.
À Pagny-sur-Moselle, un bon tiers de la récolte est perdu, les pertes s’élèvent à 200 000 francs.
À Prény, l’ouragan a été tellement violent qu’il a déraciné et abattu des arbres, les pertes s’élèvent à 200 00 francs.
À Vandières, l’orage n’a fait que passer, et les pertes sont évaluées à 10 000 francs.
Ce qui fait pour ces communes une perte totale de 435 000 francs.




