A l'occasion du millionième rapatriement Metz avait organisé hier à 19 heures, une émouvante cérémonie. Dès 18 heures la foule s'était massée devant la gare. Un détachement du 146e R.I. avec son drapeau, une section des troupes républicaines de sécurité et un groupe de M. P. rendaient les honneurs.
MM. Rebourset, préfet de la Moselle, le général Dody, Hocquard maire de Metz, Kuster, secrétaire général pour la police, le colonel Thouvenin commandant d'armes, Mgr Heintz et de nombreuses personnalités civiles et militaires étaient présents.
A leur arrivée, le général Dody et M. Rebourset s'inclinèrent devant les drapeaux français et américain.
Puis la longue file des rapatriés sortit de la gare et vint s'aligner, face aux troupes. Des applaudissements crépitèrent. Le drapeau fut hissé tandis que retentissaient les hymnes nationaux.
M. le Préfet salua ensuite les rapatriés leur souhaitant un heureux retour dans leurs foyers.
De charmantes Lorraines costumées passèrent dans les rangs des rapatriés, leur distribuant avec des fleurs et des cigarettes, un numéro du Républicain Lorrain en souvenir de leur passage à Metz. Les personnalités vinrent saluer les heureux rentrants puis ceux-ci passèrent sur le quai, où les attendaient, avant le départ, quelques friandises et un quart de vin servi par les dames de la Croix-Rouge.
Quelques chiffres :
Le 12 juin 1945, 1 400 000 prisonniers rapatriés en deux mois et demi.
Les 9 et 10 juin, 14 626 rapatriés dont pratiquement 3000 sont arrivés au Bourget par avion.
Le 27 mai 1945, 1500 avions de transport et bombardiers sont utilisés pour le rapatriement de 36000 personnes journellement.
Aux prisonniers s’ajoutent les réfugiés de retour de leur exil dans le sud du pays.
Fin mai, il arrive chaque jour 1500 à 2000 réfugiés en gare de Metz.
Ceux arrivés avant 18 heures sont reconduits à leur domicile avec leurs bagages.
Les autres sont conduits en camion au centre d’accueil Jeanne d’Arc. Nombreux sont ceux qui refusent et préfèrent rester en gare où ils passent la nuit dans de conditions peu confortables.
Des infirmières de la croix rouge leur assurent le ravitaillement jusqu’au lendemain ou des camions les amènent jusqu’à leur commune d’origine.
Parmi tous ces rapatriés figure mon grand père Jean Lavaux, envoyé à Mannheim pour le STO puis emprisonné avec plusieurs de ces compagnons, après dénonciation pour détention d’une radio TSF.
Il arrive à Pagny-sur-Moselle le 19 avril 1945 où il retrouve ses parents après 22 mois de "vacances" comme il le disait souvent.
Parmi les réfugiés figurent mes arrières grands-parents, Jules Étienne Boebion et Marie Irma Cottenet. Habitant à Guénéstroff à côté de Dieuze, il ont choisi de quitter leur maison et de tout laisser en novembre 1940. Arrivés à Lyon le 21 novembre, ils ont été dirigés vers le Tarn et Garonne.


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