QUINZE INCULPÉS DEVANT LE TRIBUNAL
On vole beaucoup au triage de Pagny-sur-Moselle.
A plusieurs reprises déjà, le tribunal correctionnel a eu à juger de véritables fournées d'inculpés qui, presque
tous, appartenaient au personnel de la S.N.C.F.
Malgré les nombreuses condamnations prononcées, les vols continuaient de plus belle. Le matin du 23 janvier, on constata notamment qu'un wagon transportant des appareils de T. S. F. avait été cambriolé pendant la nuit et que des postes étaient dissimulés sous un talus pour être ensuite enlevés La S.N.C.F., qui doit, fréquemment payer de grosses indemnités pour les marchandises qui disparaissent ainsi, demanda l'ouverture d'une enquête, dont fut chargée la brigade mobile de l'Intendance régionale de police.
Les opérations de grande envergure auxquelles elle se livra pendant plusieurs semaines aboutirent à l'arrestation de toute une bande spécialisée dans le pillage des wagons de marchandises et dans laquelle, cette fois, ne se trouvait aucun employé de la S.N:C.F.
Dès le début de leur enquête, les policiers de la brigade mobile apprirent qu'une mystérieuse camionnette
Roulait parfois la nuit aux environs du triage et qu'une fois son conducteur, pour échapper à une vérification, avait tellement forcé la vitesse du véhicule qu'une explosion s'était produite.
Les recherches entreprises dans la région chez les différents possesseurs de camionnettes amenèrent ainsi
les policiers à la ferme de Mazagran, isolée sur un plateau, en bordure de la forêt de Bayonville, à proximité de la frontière de la Moselle.
Leur arrivée jeta un tel désarroi parmi les habitants de la ferme que les policiers décidèrent de procéder sur-le-champ à une visite minutieuse.
En parcourant la cave, ils remarquèrent, une citerne profonde de quatre mètres A la surface de l'eau surnageait de l'étoffe. On explora la citerne et on en retira 900 chemises qui avaient été jetées là dès que l'arrivée des policiers avait été signalée.
Dans un silo de betteraves, on trouva également divers articles provenant de pillage des wagons. Plus de doute... la ferme de Mazagran était bien le principal repaire des voleurs.
Le fermier Edmond Rémy, 58 ans, installé là depuis plusieurs années, convint qu'il recelait les marchandises que ses deux fils, Edmond Rémy, 30 ans, et Paul Rémy, 19 ans, rapportaient de leurs expéditions nocturnes.
Ils étaient souvent accompagnés par André-Félix Blouet, 27 ans, charron à Arnaville. qui prit une part, très active à ces vols.
Depuis des mois, les frères Rémy pillaient les wagons avec l'assistance de Blouet et de deux commis de culture, André Fuch, 17 ans, et Santiago Castanédo, 21 ans Ils étaient habituellement munis de matraques pour le cas où ils auraient été surpris, et de cisailles pour fracturer les wagons dont ils coupaient les attaches.
Ils cachaient tout d'abord en bordure de la route les marchandises volées dont ils effectuaient ensuite le transit. Blouet avait loué Nancy, rue de Mulhouse, une chambre dans laquelle on y a retrouvé des stocks de confiserie et de parfumerie valant plus de 150.000 fr.
Blouet était le pensionnaire de la femme Lurquin, née Sarloutte, 40 ans, qui, ainsi que son mari, Fiacre Lurquin, 42 ans, manoeuvre, à Arnaville, recéla des marchandises en connaissance de cause.
L'enquête de la police mobile permit à la S.N.C.F. de récupérer des marchandises ayant une valeur de 700.000 francs environ.
Rien que chez Blouet et les époux Lurquin, à Arnaville, on retrouva des caisses de parfumerie valant près de 300.000 francs.
Le tribunal correctionnel vient, de condamner : André Blouet à trois ans de prison et 6.000 fr. d'amende. Les deux frères, Edmond et Paul Rémy, à chacun deux ans de prison et 6.000 fr. d'amende. Lurquin Fiacre et son épouse, née Jeanne Sarloutte, a chacun dix mois de prison et 5.000 fr. d'amende. Fuchs André et Castanédo Santiago à chacun trois mois et 3.000 fr. d'amende.
Rémy Edmond père, à dix mois de prison avec sursis et 6.000 fr. d'amende. Les inculpés sont condamnés solidairement à verser 50.000 fr. de dommages-intérêts à la S.N.C.F.. partie civile.
Blouet et les époux Lurquin sont en plus condamnés à 50.000 fr. de dommages-intérêts envers' la Société Danrzas, qui assumait la responsabilité du transport d'un certain nombre de colis.
La même enquête révéla que d'autres Individus allaient également piller, pour leur propre compte, les wagons en stationnement au triage.
Jules Antoine, 29 ans, demeurant à Pagny-sur-Moselle, opérait de complicité avec la veuve Elisa Drouville, 45 ans, demeurant à Vandières, et René Monnet, 31 ans, mécanicien en cycles à Pagny-sur-Moselle.
Habillée en homme, la femme Antoine, née Willette, âgée de 22 ans, faisait le guet.
Monnet écoulait lui aussi à Nancy le produit de ses vols. Il a été notamment établi qu'il avait vendu pour 50.000 francs de peignes à un camelot.
Henri-Robert Polet, 23 ans, demeurant à Pont-à-Mousson, gendre de la femme Drouville, bénéficiait des vols commis par celle-ci.
Le tribunal condamne : Henri Monnet à deux ans de prison et 6.000 fr. d'amende ; Jules Antoine, à treize mois de prison et 6.000 fr. d'amende ; la veuve Drouville, à quatre mois et 3.000 fr. d'amende ; Henri Polet à, deux mois et 1.000 fr. d'amende pour recel. Son épouse, à un mois avec sursis et 1.000,fr. d'amende.
René Florentin, 40 ans, lamineur à Pompey, qui acheta à la femme Drouville des chemises volées est condamné à un mois de prison et 1.000 fr. d'amende. Enfin, la femme Antoine, 23 ans, née Thérèse Willette, qui est en fuite, est condamnée par défaut à dix-huit mois de prison et 6.000 fr. d'amende.
Les protagonistes de la première affaire :
Marie Félix Martin André Blouet (né le 05/05/1915 à Corny-sur-Moselle-Moselle), résistant.
Edmond Rémy (né le 08/05/1884 à Metz Moselle) marié à Eugénie Dalbin (née le 10/12/1891 à Noisseville-Moselle)
Edmond Louis Rémy (né le 5 juin 1913 à Noisseville-Moselle)
Paul Rémy (né le 23 septembre 1923 à Metz-Moselle)
Fiacre André Léon Lurquin (né le 26/05/1900 à Verviers-Belgique) marié à Jeanne Sarloutte (née le 1er juillet 1903 à Arnaville-Meurthe et Moselle)
Les protagonistes de la seconde affaire :
Thérèse Antoinette Wilette (née le 22/01/1920 à Montigny-les-Metz Moselle) mariée à Jules Antoine (27/06/1913 Novéant-sur-Moselle), cantonnier au chemin de fer. Mariés en 1938 à Novéant-sur-Moselle.
Elise Madeleine Jeanne Drouville (née le 03/03/1897 à Saint Benoît Meuse) veuve de Marie Camille Armand Drouville (20/05/1888 Lachaussée Meuse), maçon. Mariés en 1920 à Ozerailles Meurthe et Moselle.
Le couple a eu trois enfants.
Marie Camille Armand est mort le 28 04/1938 à Pagny.
René Georges Mounot (né le 20/03/1910 à Pagny) marié à Jeanne Marie Augustine Pister (01/01/1911 Charly-Oradour), ouvrier. Mariés en 1935 à Charly-Oradour (Moselle).
René était aussi arbitre de la ligue Lorraine de football.
Henri Robert Polet le gendre à épousé Marguerite Marthe Drouville le 7 mars 1942 à Pagny.
Ils ont divorcé en 1946.
René Henri Florentin (né le 28/11/1899 à Lay-Saint-Christophe) marié à Alvina Braun (07/03/1900 Pompey), ouvrier. Mariés en 1920 à Pompey.
Est ce qu’ils ont tous été en prison ? Si oui, ont ils profité de l’abandon de la prison Charles III à la libération pour s’évader ? Ont ils été réhabilités ?
L’écho de Nancy, journal collaborationniste dirigé par les allemands, remplaçant l’est républicain et l’éclair de l’est journaux anti nazis.

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