15/08/2026

Les évadés de Toul

 



L'éclair de l'est du 27 avril 1921.


Aux assises de Meurthe-et-Moselle. La fantastique randonnée des évadés de la prison de Toul


Ce sont de véritables héros de cinéma que les jeunes Auguste Guérin, 20 ans ; Georges-Emile-Alexandre Trothen, 20 ans et Pierre-Henri Bichon, 22 ans, demeurant à Toul.  


On aurait pu « tourner » de leurs aventures un film tragi-comique qui obtiendrait certainement un joli succès de fou rire. 

Enfermés à la maison d'arrêt de Toul pour vol à main armée, ils s'en évadaient le 24 mai 1920 avec une déconcertante facilité. Ayant percé le plafond de leur cellule, ils trouvèrent dans le grenier même de la prison l'échelle qui devait faciliter leur fuite. 

Après s'être procurés dans les immeubles voisins de la maison d'arrêt, les vêtements dont ils ont besoin, ils se dirigeaient vers Pont-à-Mousson. 

Là, pénétrant dans le garage de M. Jacquet, industriel, adjoint au maire, ils sortent son automobile qu'ils mettent en marche.... Les voilà partis, espèrent-ils, pour faire une brillante carrière de bandit en auto.... Mais patatras !... A quelques centaines de mètres ces chauffeurs inexpérimentés bloquent brusquement la voiture qu'ils sont incapables de remettre en marche. 

Pour se consoler, ils vont piller la cave de M. Chardin, marchand de vins Ils comparent ses vins fins, ses liqueurs et ses alcools, puis prennent la fuite sur deux bicyclettes. A Vandières, nouveau malheur ! 

Une chaîne casse. Ils abandonnent les deux bécanes et vont à Pagny-sur-Moselle. Ils enlèvent un side-car appartenant à M. Bataillon. lis pensent pouvoir se diriger à toute vitesse vers le Luxembourg. «La guigne» s'acharne après eux. Un pneu éclate. Encore une fois il faut abandonner le side-car et ils rentrent à pied à Pagny. Ils «visitent» un magasin, cambriolent une malle à la gare puis sautent dans un train de marchandises, ils en descendent en gare de Conflans et, sans perdre de temps s'empressent d'enlever un portefeuille et une montre dans le veston momentanément abandonné par un poseur de fils télégraphiques. 

Mais celui-ci les a aperçus et, à ses cris, les gendarmes et des civils organisent une battue dans les environs de Conflans. Après une chasse qui dura près d'une heure et au cours de laquelle les poursuivis et les poursuivants traversèrent plusieurs fois la rivière, les trois malfaiteurs furent enfin arrêtés. Grâce au signalement qui avait été envoyé dans toutes les directions par M. Marin, commissaire spécial à Pont-à-Mousson, ils furent reconnus comme étant les évadés de la prison de Toul. Ainsi, dans l'espace de deux nuits, ils avaient commis dix vols ou cambriolages... C'était assurément un record. Voici d'ailleurs les faits tels qu'ils sont relatés par l'acte d'accusation : 

La bourse on la vie ! 

Dans la nuit du 11 au 12 janvier 1920, M. Lejeau, mutilé de guerre, demeurant à Toul, 24, rue des Tanneurs, était réveillé par des individus qui s'étaient introduits dans sa maison qu'il habitait et qui frappaient à la porte de son appartement, sis au premier étage, ils paraissaient chercher un nommé Roger et menaçaient Lejeau de lui jeter une grenade s'il n'ouvrait pas. Ce dernier s'exécutait et se trouvait en présence de deux hommes dont l'un, le plus petit, brandissait un poignard ; l'autre tenait un revolver. 

Les malfaiteurs entraient. L'homme au poignard, après avoir maintenu Lejeau contre le mur en levant sur lui son arme, inspectait la chambre et, tandis que son acolyte braquait son revolver sur Lejeau, il fouillait dans la veste de ce dernier, placée sur une chaise, près du lit, s'emparait du portefeuille et du porte-monnaie qui s'y trouvaient et qui contenaient : le porte-monnaie, 80 francs, le portefeuille, 200 franc et différents papiers. 

Les deux voleurs visitaient encore quelques meublés et repartaient. 

Les soupçons se portaient bientôt sur les nommés Guérin et Trothen, qui, arrêtés le 16 janvier 1920 par la police de Toul firent des aveux. Ils prétendirent toutefois qu'ils avaient jeté le portefeuille au feu sans avoir vérifié son contenu et que le porte-monnaie ne contenait qu'une somme insignifiante, mais enfin Trothen reconnut avoir dépensé l'argent avec Guérin. 

Le cambriolage d'Ecrouves.  

Le court intervalle qui séparait, la date du vol et celle de l'arrestation de Guérin et de Trothen leur avait permis néanmoins de commettre un nouveau méfait. Le 15 janvier 1920, à 20 heures, M. Deshors, ouvrier d'usine à Ecrouves, déclarait, à la gendarmerie que le même jour, vers 16 heures, des. malfaiteurs s’étaient introduits dans son domicile pendant son absence, après avoir brisé là clôture de grillage et force la porte de derrière de la maison. 

Une armoire avait été fracturée et une somme de 163 fr, avait été soustraite. 

Trothen et Guérin, qui avaient été aperçus par des témoins, au moment où ils essayaient d'enfoncer la porte de la maison, paraissaient n’être pas étrangers au vol. 

Après avoir nié les faits, les accusés ont reconnu leur culpabilité, ils ont déclaré que, Guérin faisant le guet, Trothen était entré dans la maison de M. Deshors, après avoir brisé un grillage et poussé une porte maintenue par un bâton. 

A l'aide d'un ciseau et d'une hachette, il avait fracturé une armoire et s'était emparé d'une somme dont il n'a pas voulu indiquer le montant et sur laquelle il avait prélevé 4 francs qu'il aurait remis à Guérin. 

Une triple évasion.  

Ecroués à la suite de ces faits. Guérin et Trothen parvenaient, le 24 mai 1920, en compagnie d'un nommé Bichon, également détenu, à s'évader de la maison d'arrêt de Toul. Guérin et Bichon pénétraient par escalade dans l’habitation de M. Hutin, que le premier connaissait déjà, et y prenaient des vêtements en échange de leurs effets de détenus qu'ils y laissaient. Trothen, de son côté, pénétrait par effraction, en brisant le carreau d'une fenêtre dans la maison de M. Henrion et y dérobait également des effets qu'il échangeait contre les siens. 

Les trois malfaiteurs se rejoignaient le lendemain 25 mars à Dieulouard et se rendaient à Pont-à-Mousson. 

Une auto qui reste en panne.  

Là, dans la nuit du 25 au 26 mai, ils pénétraient, en franchissant un mur de deux mètres de hauteur, dans un hangar séparé par une cloison en planches, du garage de M. Jacquet, adjoint au maire. Après être entrés dans le garage et après avoir fait sauter une barre d'attache placée sur la face intérieure de la porte, ils s'emparaient d'une automobile, d'un bidon d'essence de 50 litres et un bidon d'huile de 5 litres. 

L'automobile ayant eu une panne au bout de quelques centaines de mètres, devait être laissée près des fonderies par les malfaiteurs. 

Ceux-ci, alors, cambriolaient la maison de M. Chardin, marchand de vins en gros. Après être entrés par la fenêtre en déplaçant uns barre de fer qui servait à fixer le volets, ils fracturèrent, à l'aide d'un sécateur, le tiroir-caisse où aucun argent n'était placé. 

De là ils gagnaient la cave où ils buvaient du vin, de la bière, des alcools et prenaient des bouteilles de vin ou de liqueur. Ils s'emparaient, en outre, de menus objets, ainsi que de deux bicyclettes suc lesquelles ils montaient à tour de rôle pour gagner Vandières. 

Les accusés ont reconnu intégralement tous ces vols. 

Un side-car qui ne marche pas ! 

A Pagny-sur-Moselle, où ils s'étaient rendus après avoir abandonné à Vandières les bicyclettes, soustraites à M. Chardin, Guérin, Trothen et Bichon dérobaient le lendemain 26 mai, vers 9 ou 10 heures du soir, dans une remise appartenant à M. Bataillon, un side-car et deux bidons d'essence de 5 litres. Ils devaient bientôt laisser le side-car qui ne fonctionnait pas sur la route de Vandières. 

Ils pénétraient ensuite dans la gare de Pagny-sur-Moselle, où ils enlevaient une malle qu'ils emportaient à quelques mètres. Ils faisaient sauter le couvercle et volaient 36 mouchoirs, une paire de bas et une paire de gants. 

Le partage opéré, Trothen s'endormait sur la voie. Guérin et Bichon s'introduisaient en pratiquant une pesée à la porte du magasin dans l'épicerie tenue à Pagny par Mlle Verdun. Ils s'emparaient d'une boîte de réglisse et de petits beurres qu'ils emportaient à la gare et qu'ils, mangeaient en compagnie de Trothen. 

Une arrestation mouvementée.  

Les malfaiteurs sautaient alors dans un train de marchandises qui les conduisait à Conflans. Ils erraient à l'aventure, quand Guérin, apercevant sur le bord de la route le veston de M. Zenner, télégraphiste à Jeandelize, y prenait une montre et un portefeuille contenant de 60 à 70 francs. Poursuivis par la victime du vol et quelques ouvriers ainsi que, par la gendarmerie de Conflans, qui avait été prévenue, Guérin, Trothen et Bichon étaient arrêtés après une course mouvementée. 

De fâcheux antécédents. 

Les trois accusés sont de dangereux malfaiteurs, qui ont déjà été poursuivis, plusieurs fois pour vol. 

Guérin, acquitté une première fois pour vol en 1913, comme ayant agi sans discernement et remis à sa famille, a subi depuis lors trois condamnations pour vol, la dernière à 18 mois de prison. 

Trothen, acquitté à deux reprises du chef de vol, comme ayant agi sans discernement et remis à ses parents, est évadé d'une colonie pénitentiaire où il avait été placé par jugement pour vol. 

Bichon a été condamné à 2 mois de prison pour port d'arme prohibée et à un an de prison pour vol, le 14 avril 1920. 

Les plus mauvais renseignements ont été recueillis sur Guérin et Trothen, qui sont représentés comme paresseux, débauchés, violents, recherchant les fréquentations louches. 

Bichon, après avoir mené jusqu'en 1914 une existence assez régulière, s’est signalé par la suite par sa paresse et une déplorable moralité. 

Engagé volontaire pendant, la guerre, il justifie cependant de beaux états de services militaires. Il a été blessé, à Saint-Quentin-le-Petit et a obtenu trois citations, une à l'ordre de la division et deux à l'ordre de l'armée. 

L'interrogatoire.  

M. le président procède à l'interrogatoire des accusés. Ils sont tous trois de taille moyenne, le visage imberbe et portent des vêtements très usagés. Ils ont des physionomies peu sympathiques de gens comme il vaut, mieux ne pas en rencontrer au coin d'un bois. 

Guérin et Trothen appartiennent à des familles habitant Toul. Ils ont toujours été considérés dans cette ville comme des paresseux et des débauchés. 

Bichon est né à Autreville (Vosges) ou son père était aiguilleur. Il aime vagabonder et c'est à la prison de Toul qu'il connut les deux autres accusés et qu'il s'évada avec eux. 

Il est tout d’abord procédé à l’interrogatoire de Guérin; M. le président rappelle à l’accusé la condamnation qu’il a déjà subie, puis en arrive aux faits pour lesquels il com- 

paraît devant le jury. 

— Il y a de très mauvais renseignements sur  votre compte ?

— Il paraît. 

— Vous êtes paresseux et vous êtes un véritable danger pour la Société ? 

— Oui. 

— Vous, Trothen, .vous avez également subi plusieurs  condamnations, dont une vous, a fait envoyer à la maison de correction ? 

— Oui. Monsieur le président, 

— Vous vous êtes évadé de la maison de correction ? 

— Oui, Monsieur. 

S’adressant à Bichon, le président demande : « Vous avez déjà attaqué une femme sur la route et vous lui avez demandé son porte:monnaie ? » 

— Je le lui ai demandé et elle me l’a donné. 

— A la prison de Toul, vous avez fait connaissance de Guérin et de Trothen et vous vous êtes évadés ?

— Oui. 

— Vous êtes paresseux et nous avons sur vous des renseignements déplorables, mais vous avez des états de service militaires très brillants. Engagé aux chasseurs à cheval, vous êtes ensuite passé aux chars d‘assaut où vous avez obtenu trois citations. 

— Oui. 

— Eh bien ! vous êtes joue trois poursuivis pour dix vols différents. 

M. le président, s'adressent à Guérin et Trothen, rappelle les méfaits qu'ils ont d'abord commis ensemble : 

- Le premier vol qui vous est reproché a été commis chez M. Lejeau, grand mutilé de guerre, amputé d'une jambe et qui habitait dans la maison appartenant aux parents de Trothen, à Toul. Vous avez frappé, on ne vous ouvrait pas. Vous vous êtes écrié alors : « On va faire sauter la porte avec une grenade. » 

Effrayé, Lejeau ouvrit. Guérin s'élança, sur lui brandissant un revolver et Trothen tenait en mains un poignard. Ce n'était pas une visite très rassurante à deux heures du matin. 

Trothen. - Nous étions ivres. 

- Vous ne l'étiez cependant pas de trop car vous avez bien pensé, vous Trothen, à vous emparer du portefeuille de Lejeau. 

Trothen. - J'ai en effet trouvé l'argent dans ma poche le lendemain. Je me suis même demandé comment il se trouvait là, car je ne me rappelle de rien. 

M. le président retrace les circonstances dans lesquelles le vol d'Ecrouves fut commis. 

Les accusé reconnaissent les faits. 

- Avec l'argent pris chez M. Deshors, vous avez passablement bu, et le soir même vous étiez arrêtés. Le 24 mai vous vous évadiez de la prison de Toul par la toiture. Vous avez dérobé des effets aussitôt chez MM. Henrion et Hutin que vous connaissiez. 

Avec les paletots, pantalon, gilets, maillots trouvés chez eux, vous avez pu abandonner vos vêtements de prisonniers et vous vous êtes dirigés vers Pont-à-Mousson. 

Lequel de vous a eu l'idée de voler l'automobile de M. Jacquet ? 

- C'est moi ! dit Guérin, et il raconte comment lui et ses camarades parvinrent à sortir l'automobile du garage. 

- Vous l'avez mise en marche ? 

Guérin. - Oui et nous sommes allés jusqu'aux environs des Fonderies où nous avons dû abandonner l'auto. 

- Pourquoi ? 

Bichon. - Nous avons eu une panne, (Rires). 

M. le président. - Une panne heureuse pour M. Jacquet, le propriétaire de l'auto qui put ainsi la retrouver le lendemain matin. C'était une voiture de. 11 chevaux et qui valait 12.000 francs. Pour vous consoler vous avez pénétré dans la cave de M. Chardin, marchand de vins. Vous y avez bu un peu de tout, des vins fins, des alcools, des liqueurs, puis vous êtes partis avec deux bicyclettes. 

Pourquoi les avez-vous abandonnées près de Vandières ?

Bichon. - la chaîne d’une de ces bicyclettes était cassée. 

M. le président rappelle ensuite les vols commis à Pagny-sur-Moselle. 

Vous avez pris vu side-car appartenant à M. Bataillon et que vous avez également abandonné. Pourquoi ? 

Bichon. - Le side-car ne marchait pas. 

M. le président. - Je crois que vous ne deviez pas être de trop bons mécaniciens. (Rires). 

A la gare vous avez fracturé une malle qui avait été expédiée par M. Loewenbruck, de Pont-à-Mousson. 

L'idée vous est venue ensuite d'aller a Conflans. Vous avez sauté dans un train de marchandises. Vous n'étiez pas plus tôt arrivé dans cette localité que vous avez voulu prendre un portefeuille dans le veston d'un poseur de lignes télégraphiques. Mais vous aviez été aperçus. On s'est mis à votre poursuite. Vous vous êtes jetés dans la rivière que les gendarmes ont traversé derrière vous. Après Une longue course, vous avez pu être rejoints et arrêtés grâce au concours de plusieurs civils. 

Sur uns question posée par son défenseur, Bichon dit qu’il s'est évadé de la prison de Toul parce que son gardien n'était pas très tendre pour lui. 

L'attitude des accusés est correcte au cours de l'interrogatoire et c'est surtout Bichon qui répondait aux questions posées. 

Les témoins.  

Lejeau Victor, 23 ans, tourneur à Toul, dit comment il fut dévalisé dans sa chambre par Guérin et Trothen, à deux heures du matin. Ils étaient armés, l'un d'un revolver, l'autre d'un poignard. Le témoin ne s'est pas aperçu si les deux accusés étaient ivres, ainsi qu'ils le prétendent. Il évalué à 280 fr. la somme qui lui a été dérobée, lis avaient emporté également son titre de pension de mutilé de guerre. 

M, le président, s'adressent aux accusés : 

- Qu'en avez-vous fait ? 

Guérin - je ne sais pas lire et c'est moi qui l’ai brûlé sans savoir de quoi il s'agissait. 

Guérin reproche ensuite à M. Lejeau, de ne pas faire assez ressortir que Trothen brandissait un poignard. 

Bien entendu, Trothen ne semble pas très satisfait de cette remarque et à voix basse il adresse de vifs reproches à son compagnon. 

MM. Sevestre, commissaire de police à Toul, Bernardin Auguste, 33 ans, manoeuvre, Louis Deshors, ouvrier d'usine à Ecrouves, Mme Demange, vigneronne à Ecrouves, MM. Piroulas, gendarme à Toul, Henrion, comptable, font des dépositions qui n'apprennent rien de nouveau. 

M. Jacquet, industriel à Pont-à-Mousson, dit qu'il a pu facilement ramener l'automobile que les malfaiteurs avaient abandonnée à quelques centaines de mètres du garage. La panne était simplement due à leur inexpérience. et il n'y avait rien de cassé. 

M. Léon Chardin, marchand de vin à Pont-à-Mousson, a eu plusieurs meubles fracturés par les malfaiteurs, qui. lui ont enlevé deux bicyclettes, d'une valeur de 900 fr. 

M. Marin, commissaire spécial à Pont-à-Mousson, apprenant la triple évasion de la prison de Toul, avisa les brigades de gendarmerie voisines et expose les constatations qu'il fit, après les cambriolages commis à Pont-à-Mousson. 

M. Brunel Alfred, chef de chantier, Mlle Verdun, 23 ans, M. Mathieu Henri, chef de brigade de gendarmerie à Pagny-sur-Moselle, donnent des renseignements sur les vols commis dans cette commune. 

M. Zenner, chef télégraphiste, dit qu'étant près de la gare de Conflans, il vit un des accusés fouiller dans son veston. Il prévint les gendarmes et avec des camarades il se mit à la poursuite des malfaiteurs, qui n'hésitèrent pas à se jeter dans l'Orne. « il a fallu, dit-il, cavaler dans la flotte. » Le témoin estime que la poursuite a duré trois heures, mais le brigadier, de gendarmerie Volatron ne pense pas qu'elle ait duré plus de trois quarts d'heure. Il a dû passer plusieurs fois la rivière, heureusement peu profonde. Les malfaiteurs donnèrent tout d'abord de faux noms, mais grâce au signalement que lui avait transmis M. Marin, commissaire de Pont-à-Mousson, il put établir qu'ils étaient bien les évadés de la prison de Toul. 

Le verdict.  

M. Chabrier, avocat général, demande un verdict sévère contre les accusés, qui ne sont pas, estime-t-il, susceptibles de s'amender et qui constitueraient un péril pour les honnêtes gens. Toutefois, en raison des actes d'héroïsme accomplis par Bichon pendant la guerre, il pense que les. circonstances atténuantes peuvent lui être accordées. 

Me Deubel sollicite l'indulgence du jury pour Trothen, dont le père est entrepreneur a Toul, et qui s'efforcera de ramener son fils au bien. 

L'audience, levée à midi, est reprise à 2 heures 15. 

Me de Vaulx plaide qu'il s'agit de gamineries et dit également que les parents de Guérin, qui habitent Pont-à-Mousson depuis l'armistice, exerceront sur leur fils la meilleure influence s'il leur est rendu. 

Enfin, Me Léonard insiste avec éloquence sur les beaux faits de guerre de Bichon. 

Celui-ci déclare qu'il regrette profondément ses actes. 

Le jury entre à 3 heures 15 dans la salle de ses délibérations. Il en revient à 4 heures, avec un verdict affirmatif sur toutes les questions et n'accordant le bénéfice des circonstances atténuantes qu'à Bichon. 

Par conséquence, la cour, après en avoir délibéré, a condamné Trothen et Guérin à sept années de travaux forcés chacun et à dix ans d'interdiction de séjour. Bichon à trois ans de prison. 


Les coupables

Auguste Guérin (13/07/1900 Baugy Cher - 14/11/1932 Guyane). 

Fils d’Henri Jules François Adolphe (1871-1943) et Jeanne Augustine Chertier (1876-1953). 

Habitent Rue Gouvion Saint Cyr à Toul en 1921. 


Georges Émile Alexandre Trothen (26/11/1901 Toul - 31/12/1976 Toul)

Fils d’Auguste Trothen (1875-1925) et Joséphine Henriette Lefèvre (1879-1962) 

Habitent rue des tanneurs à Toul en 1921. 

La famille Trothen, père, fils et fille, est à l’époque très connue des services de police de Toul. 


Pierre Henri Bichon (28/09/1898 Autreville - 02/10/1943 Tlemcen)

Fils de Paul Achille (1873-1941) et Marie Alice Virginie Guyot (1876-1930). 

Il s’engage pour la durée de la guerre le 15 janvier 1916. Il rejoint le 14ème régiment de chasseurs à cheval deux jours après. En février 1918, il est transféré au 81ème régiment d’artillerie lourde qui devient en mai le 500ème régiment d’artillerie d’assaut (chars d'assaut). 

Il se marie avec Marie Louise Krummenacker avec qui il aura deux enfants. 

Pierre Henri Bichon est mort pour la France le 2 octobre 1943 à Tlemcen (département d’Oran en Algérie). 


Les victimes 


Aimé Léon Joseph Chardin, marchand de vin en gros, rue Pasteur à Pont-à-Mousson. 


Auguste Albert Jacquet, industriel, rue du port à Pont-à-Mousson.


Marie Victor Lejeau, perceur, rue des jeux à Foug. Engagé volontaire en 1915 au 4ème régiment de zouaves. Chevalier de la légion d'honneur en 1957.


Cécile Verdun fille d’Eugène Verdun, épicier, rue Nivoy à Pagny-sur-Moselle. 


Bataillon aucunes informations trouvées. 


Louis Zenner, télégraphiste à Jeandelize. 


Louis Deshors, manœuvre aux fonderies, rue haute à Ecrouves. 


Henri Loewenbruck,quincaillier, place Duroc à Pont-à-Mousson.


Hutin, aucunes informations trouvées. 











08/08/2026

Le pillage des wagons de marchandises au triage de Pagny-sur-Moselle


 


L’écho de Nancy du 20 avril 1943.

QUINZE INCULPÉS DEVANT LE TRIBUNAL 


On vole beaucoup au triage de Pagny-sur-Moselle. 


A plusieurs reprises déjà, le tribunal correctionnel a eu à juger de véritables fournées d'inculpés qui, presque 

tous, appartenaient au personnel de la S.N.C.F. 

Malgré les nombreuses condamnations prononcées, les vols continuaient de plus belle. Le matin du 23 janvier, on constata notamment qu'un wagon transportant des appareils de T. S. F. avait été cambriolé pendant la nuit et que des postes étaient dissimulés sous un talus pour être ensuite enlevés La S.N.C.F., qui doit, fréquemment payer de grosses indemnités pour les marchandises qui disparaissent ainsi, demanda l'ouverture d'une enquête, dont fut chargée la brigade mobile de l'Intendance régionale de police. 

Les opérations de grande envergure auxquelles elle se livra pendant plusieurs semaines aboutirent à l'arrestation de toute une bande spécialisée dans le pillage des wagons de marchandises et dans laquelle, cette fois, ne se trouvait aucun employé de la S.N:C.F. 

Dès le début de leur enquête, les policiers de la brigade mobile apprirent qu'une mystérieuse camionnette 

Roulait parfois la nuit aux environs du triage et qu'une fois son conducteur, pour échapper à une vérification, avait tellement forcé la vitesse du véhicule qu'une explosion s'était produite.  

Les recherches entreprises dans la région chez les différents possesseurs de camionnettes amenèrent ainsi 

les policiers à la ferme de Mazagran, isolée sur un plateau, en bordure de la forêt de Bayonville, à proximité de la frontière de la Moselle. 

Leur arrivée jeta un tel désarroi parmi les habitants de la ferme que les policiers décidèrent de procéder sur-le-champ à une visite minutieuse.

En parcourant la cave, ils remarquèrent, une citerne profonde de quatre mètres A la surface de l'eau surnageait de l'étoffe. On explora la citerne et on en retira 900 chemises qui avaient été jetées là dès que l'arrivée des policiers avait été signalée. 

Dans un silo de betteraves, on trouva également divers articles provenant de pillage des wagons. Plus de  doute... la ferme de Mazagran était bien le principal repaire des voleurs.

Le fermier Edmond Rémy, 58 ans, installé là depuis plusieurs années, convint qu'il recelait les marchandises que ses deux fils, Edmond Rémy, 30 ans, et Paul Rémy, 19 ans, rapportaient de leurs expéditions nocturnes. 

Ils étaient souvent accompagnés par André-Félix Blouet, 27 ans, charron à Arnaville. qui prit une part, très active à ces vols. 

Depuis des mois, les frères Rémy pillaient les wagons avec l'assistance de Blouet et de deux commis de  culture, André Fuch, 17 ans, et Santiago Castanédo, 21 ans Ils étaient habituellement munis de matraques pour le cas où ils auraient été surpris, et de cisailles pour fracturer les wagons dont ils coupaient les attaches.  

Ils cachaient tout d'abord en bordure de la route les marchandises volées dont ils effectuaient ensuite le transit. Blouet avait loué Nancy, rue de Mulhouse, une chambre dans laquelle on y a retrouvé des stocks de confiserie et de parfumerie valant plus de 150.000 fr. 

Blouet était le pensionnaire de la femme Lurquin, née Sarloutte, 40 ans, qui, ainsi que son mari, Fiacre Lurquin, 42 ans, manoeuvre, à Arnaville, recéla des marchandises en connaissance de cause. 

L'enquête de la police mobile permit à la S.N.C.F. de récupérer des marchandises ayant une valeur de 700.000 francs environ. 

Rien que chez Blouet et les époux Lurquin, à Arnaville, on retrouva des caisses de parfumerie valant près de 300.000 francs. 

Le tribunal correctionnel vient, de condamner : André Blouet à trois ans de prison et 6.000 fr. d'amende. Les deux frères, Edmond et Paul Rémy, à chacun deux ans de prison et 6.000 fr. d'amende. Lurquin Fiacre et son épouse, née Jeanne Sarloutte, a chacun dix mois de prison et 5.000 fr. d'amende. Fuchs André et Castanédo Santiago à chacun trois mois et 3.000 fr. d'amende. 

Rémy Edmond père, à dix mois de prison avec sursis et 6.000 fr. d'amende. Les inculpés sont condamnés solidairement à verser 50.000 fr. de dommages-intérêts à la S.N.C.F.. partie civile. 

Blouet et les époux Lurquin sont en plus condamnés à 50.000 fr. de dommages-intérêts envers' la Société Danrzas, qui assumait la responsabilité du transport d'un certain nombre de colis. 

La même enquête révéla que d'autres Individus allaient également piller, pour leur propre compte, les wagons en stationnement au triage. 

Jules Antoine, 29 ans, demeurant à Pagny-sur-Moselle, opérait de complicité avec la veuve Elisa Drouville, 45 ans, demeurant à Vandières, et René Monnet, 31 ans, mécanicien en cycles à Pagny-sur-Moselle. 

Habillée en homme, la femme Antoine, née Willette, âgée de 22 ans, faisait le guet. 

Monnet écoulait lui aussi à Nancy le produit de ses vols. Il a été notamment établi qu'il avait vendu pour 50.000 francs de peignes à un camelot. 

Henri-Robert Polet, 23 ans, demeurant à Pont-à-Mousson, gendre de la femme Drouville, bénéficiait des vols commis par celle-ci. 

Le tribunal condamne : Henri Monnet à deux ans de prison et 6.000 fr. d'amende ; Jules Antoine, à treize mois de prison et 6.000 fr. d'amende ; la veuve Drouville, à quatre mois et 3.000 fr. d'amende ; Henri Polet à, deux mois et 1.000 fr. d'amende pour recel. Son épouse, à un mois avec sursis et 1.000,fr. d'amende. 

René Florentin, 40 ans, lamineur à Pompey, qui acheta à la femme Drouville des chemises volées est condamné à un mois de prison et 1.000 fr. d'amende. Enfin, la femme Antoine, 23 ans, née Thérèse Willette, qui est en fuite, est condamnée par défaut à dix-huit mois de prison et 6.000 fr. d'amende. 


Les protagonistes de la première affaire :  


Marie Félix Martin André Blouet (né le 05/05/1915 à Corny-sur-Moselle-Moselle), résistant.  


Edmond Rémy (né le 08/05/1884 à Metz Moselle) marié à Eugénie Dalbin (née le 10/12/1891 à Noisseville-Moselle)


Edmond Louis Rémy (né le 5 juin 1913 à Noisseville-Moselle)


Paul Rémy (né le 23 septembre 1923 à Metz-Moselle)


Fiacre André Léon Lurquin (né le 26/05/1900 à Verviers-Belgique) marié à Jeanne Sarloutte (née le 1er juillet 1903 à Arnaville-Meurthe et Moselle)


Les protagonistes de la seconde affaire :  

Thérèse Antoinette Wilette (née le 22/01/1920 à Montigny-les-Metz Moselle) mariée à Jules Antoine (27/06/1913 Novéant-sur-Moselle), cantonnier au chemin de fer. Mariés en 1938 à Novéant-sur-Moselle.  

Elise Madeleine Jeanne Drouville (née le 03/03/1897 à Saint Benoît Meuse) veuve de Marie Camille Armand Drouville (20/05/1888 Lachaussée Meuse), maçon. Mariés en 1920 à Ozerailles Meurthe et Moselle. 
Le couple a eu trois enfants. 
Marie Camille Armand est mort le 28 04/1938 à Pagny.

René Georges Mounot (né le 20/03/1910 à Pagny) marié à Jeanne Marie Augustine Pister (01/01/1911 Charly-Oradour), ouvrier. Mariés en 1935 à Charly-Oradour (Moselle).
René était aussi arbitre de la ligue Lorraine de football. 


Henri Robert Polet le gendre à épousé Marguerite Marthe Drouville le 7 mars 1942 à Pagny. 
Ils ont divorcé en 1946. 


René Henri Florentin (né le 28/11/1899 à Lay-Saint-Christophe) marié à Alvina Braun (07/03/1900 Pompey), ouvrier. Mariés en 1920 à Pompey.  


Est ce qu’ils ont tous été en prison ? Si oui, ont ils profité de l’abandon de la prison Charles III à la libération pour s’évader ? Ont ils été réhabilités ?



L’écho de Nancy, journal collaborationniste dirigé par les allemands, remplaçant l’est républicain et l’éclair de l’est journaux anti nazis. 














Acte de probité

 


L’est républicain du 22 août 1896.


Monsieur Fricasse, chef de halte à Vandières, a trouvé un bracelet d’une valeur de 500 Fr. qu’il a eu le plaisir de rendre, quelques heures après, à madame Belin, également de Vandières, qui l’avait perdu en prenant le train.

Ce modeste serviteur, qui a déjà à son actif un grand nombre d’actes de délicatesse, n’a, comme toujours, voulu accepter aucune récompense.


Laurent Isidore Fricasse est né le 5 juillet 1855 à Vicherey (Vosges). 

Il est employé à la compagnie de l’est à Nancy quand il se marie le 17 octobre 1882 avec Justine Rappold. Elle est née le 8 août 1857 à Lembach (Bas-Rhin). Elle aussi habite Nancy où elle est cuisinière. 

Il est affecté dans plusieurs gares de la région, il est à Varangéville en 1891, à Vandières en 1896, à Faulx en 1906 puis à Bayon en 1911 pour sa retraite. 

Il meurt le 1er novembre 1917 à son domicile de l’avenue de la gare à Bayon, à l’âge de 62 ans. 

Sa veuve meurt le 23 novembre 1945 à Bayon à l’âge de 88 ans. 









02/08/2026

Nos Villages Lorrains : sommaires numéros anciens


Je suis en train de compiler tous les articles de la revue Nos Villages Lorrains qui concernent Vandières.

Le tableau est complet pour toutes les personnes intéressées. Tableau 


Que de travail de la part des rédacteurs pour proposer aux lecteurs de la revue près de 400 articles sur notre village depuis septembre 1981. 

J’ai différencié les articles en deux catégories :

Les articles rédigés à partir de différentes archives. 

Les extraits de journaux et de documents divers. 


À tous ces documents écrits viennent s’ajouter de nombreuses illustrations sous forme de dessins, photographies et cartes postales. 


Numériser tous ces articles a été un travail de longue haleine mais aujourd’hui c’est terminé. 

Je mets aussi à votre disposition les sommaires de tous les numéros depuis le numéro 1 pour tous les villages. 


J’ai la chance d’avoir des articles publiés depuis quelques années (articles en bleu à partir du Nº166). 


Aujourd’hui Nos Villages Lorrains a dépassé les 45 ans et le numéro 184 vient d’être distribué. 


Tout ce travail de recherche et de rédaction a été récompensé par l’académie Stanislas le 23 janvier 2022. 

C’est plus de 3000 pages d’histoire relatant sur plusieurs siècles la vie des petits villages de Vandières, Villers sous Prény, Prény, Arnaville, Bayonville, Onville, Vandelainville, Arry entourant  Pagny sur Moselle, ville où est née la revue.


Je tiens à remercier tout particulièrement Jean Marie Wantz qui m’a permis de compléter ma collection. 


Sommaires de Nos Villages Lorrains

du N°1 au N°16 : sommaire 1

du N°17 au N°24 : sommaire 2

du N°25 au N°36: sommaire 3

du N°37 au N°48 : sommaire 4

du N°49 au N°60 : sommaire 5

du N°61 au N°72 : sommaire 6

du N°73 au N°84 : sommaire 7

du N°85 au N°96 : sommaire 8

du N°97 au N°108 : sommaire 9

du N°109 au N°120 : sommaire 10

du N°133 au N°144 : sommaire 11

du N°145 au N°156 : sommaire 12

du N°157 au N°167 : sommaire 13

du N°168 au N°179 : sommaire 14



Une famille face à la guerre. Famille Fayon

 


Henri Fayon est né le 13 août 1859 à Vandières.

Il est le fils de François Fayon, propriétaire à Vandières et Madelaine Durand. Le couple s’est marié le 9 janvier 1855 à Pagny sur Moselle, ville d’origine de Madelaine. 


Henri épouse Eugénie Petitjean à Vandières le 6 février 1889. Elle habite Prény où elle est née le 15 mai 1854. 

Le couple a deux enfants, Marie Joséphine née en 1891 et Joseph Émile né en 1892. 

A la veille de la guerre, ils habitent rue de Pagny. Émile aide son père à la culture des vignes et sa sœur est repasseuse. 


Émile effectue son service militaire au 79ème régiment d’infanterie à Nancy quand la mobilisation est proclamée. 


Henri, sa femme et sa fille se retrouvent bloqués en zone occupée par les allemands. 

Le 27 septembre 1914, il est arrêté et conduit comme otage par l’occupant à Pagny sur Moselle en même temps que l’abbé Mamias et que François Durand, eux aussi habitants de Vandières. 

Il seront fusillés le 29 septembre dans un verger de Bayonville. Trois commis agricoles seront leurs compagnons d’infortune. 

Eugénie Petitjean, sa veuve, meurt le 11 avril 1917 à l’âge de 63 ans et sa fille la rejoint quelques mois plus tard, le 9 décembre 1917, elle n’a que 26 ans. 


Lors de son retour à Vandières après quatre années de présence au front, Joseph Émile Fayon a la douleur d’apprendre que toute sa famille a trouvé la mort.

Il a participé à toutes les batailles depuis août 1914 à Morhange jusqu’à l’Aisne en 1918 en passant par la Belgique et les Vosges. 

Il fait preuve de bravoure à de nombreuses reprises ce qui lui vaut d’être décoré de la croix de guerre, de la médaille militaire puis de la légion d’honneur en 1957. 

Blessé à deux reprises, il apprend la signature de l’armistice depuis l’hôpital militaire où il est en convalescence. 

Il reprend peu à peu une vie normale à Vandières où il se marie en 1920 avec Marie Marguerite Pinot qui lui donnera deux enfants. Ils vivent rue nationale jusqu’en 1971, année du décès d’Émile. 


Henri Fayon a été décoré de le légion d’honneur à titre posthume et l’ancienne rue de la cour a été rebaptisée rue Henri Fayon.